|
Challenger de la Chine, l’Inde occupe une place de premier plan dans la production mondiale des matières premières et des produits de la filière cuir, avec une part de marché de 15 %.
Si le secteur de la tannerie est historiquement important, le pays compte encore des faiblesses structurelles liées à l’approvisionnement en peau, à la modernisation des équipements et à la montée en gamme des produits ou encore la fragilité financière.
Le processus de libéralisation entamé en 1991 commence à produire ses effets avec une croissance élevée se tournant vers l’industrie manufacturière, même si des facteurs économiques et sociaux handicapants contraignent l’essor économique du pays. |
 |

Le développement indien sort de sa dépendance
liée aux activités nécessitant une forte intensité de
main-d’oeuvre qualifiée pour se diversifier,
notamment dans les secteurs manufacturiers et de la
construction. La mobilisation pour plus de maind’oeuvre
est délicate dû fait des freins sociaux
nombreux (castes, illétrismes), mais le pays parvient
progressivement à sortir du paradoxe de la
“croissance sans emploi”. L’Inde réussit désormais à
accroître progressivement sa classe moyenne et par
conséquent sa consommation intérieure.
L’industrie indienne du cuir est complexe. Le pays a
une longue histoire dans le cuir, et dispose du plus
grand cheptel mondial (plus de 485 millions de têtes),
d’une capacité de production de cuir considérable
(185 millions de peaux tannées) et d’un effectif
colossal (2,5 millions de travailleurs). L’Inde est en
concurrence directe avec la Chine, aux ressources
financières et aux capacités plus importantes de
production et de développement de produits
qualitatifs. Le cuir indien représente 3 % du marché
mondial (contre 20 % pour la Chine), avec une activité
globale s’élevant à 4 milliards d’US$ et des
exportations atteignant 2 milliards d’US$.

Les industries de la chaussure et du vêtement
dynamisent le secteur de la tannerie qui est donc
essentiellement tourné vers les besoins intérieurs. La
capacité de production actuelle de cuirs finis est de 2
milliards de pieds carrés et 80 % des cuirs exportés
sont des cuirs finis.
Le tissu industriel est très fragmenté, avec peu
d’entreprises à capitaux étrangers. La structure
familiale rend ainsi délicate l’apport de financements
externes et de modernisation des installations.
Quelques grandes entreprises, voire conglomérats,
intègrent la tannerie et la fabrication de produits finis.
Le fonctionnement indien en économie d’envergure fait que
les entreprises sont tentées de développer leur production en
regroupant des productions de produits différents, en
intégrant la fabrication de produit finis. En cas de succès, elles
accèdent à des économies d’échelle qui leur permettent
d’engranger des bénéfices plus importants. En cas d’échec, et
c’est fréquent, les entreprises anticipent mal la pression des
coûts et les problèmes de non-qualité, rendant les produits
peu concurrentiels. Ces entreprises étant à 90 % “familiales”,
l’accès au financement est délicat. Face aux enjeux
environnementaux dont doit faire face l’industrie (gestion de
l’eau, traitement des effluents) et qualitatifs indispensables, les
blocages structurels sont importants.
L’approvisionnement en peaux des tanneries est un point noir :
si le buffle bénéficie d’un mode de collecte organisé et
mécanisé, notamment dans les régions du Nord et de l’Ouest,
celle des peaux de bovin est beaucoup plus délicate… car elle
tient à la place de la vache dans l’hindouisme. La consommation
de viande est encadrée culturellement et religieusement.
Comme toute partie du corps de la vache dans l’hindouisme,
la peau accueille une déité. Elle détient “le Pouvoir qui envahit
tout”, l’absolu, le “Brahman”. D’où les difficultés à collecter la
peau, généralement issue de carcasses d’animaux morts ou en
provenance d’abattoirs illégaux. La solution passe par un
sourcing étranger, avec des importations en hausse régulière.
Le secteur des produits chimiques pour la tannerie est très implanté en Inde, suivant les mouvements de relocalisation actuels des chimistes européens. Bénéficiant d’un creuset de personnels scientifiques, de nombreux centres de R&D se sont développés et des opérations de promotion auprès des jeunes sont menées.
Haut de page

|
L'Inde en chiffres
Population : 1,136 milliard d'habitants
Produit Intérieur Brut : 1.167 milliards d’euros
PIB par habitant : 1.004 US$
1 euro = 61,98 Roupie (INR) (28/10/08)
(Dix millions de roupies = 1 crore)
Taux de croissance du PIB : + 9,4 %
Taux d'inflation : 5,7 % (12% en juillet 2008)
Taux de chômage moyen : 8,9 %
Dette externe : 19 % du PIB
Balances des paiements : 7,9 % du PIB
Exportations : 151,3 milliards d’US$
Importations : 230,5 milliards d’US$
Solde de la balance commerciale : - 67,7 millions d’US$ (2006)
Echanges commerciaux avec la France en 2007 :
Exportations françaises : 3,4 milliards d’euros
Importations françaises : 2,8 milliards d’euros
Source : Banque Mondiale, CIA (Factbook), PEE
(chiffres 2007) |
Haut de page

Exportations
La filière cuir contribue significativement aux exportations à
hauteur de 3 % des exportations totales, même si ce sont
principalement les produits finis (chaussures, vêtements, articles
de maroquinerie) qui forgent cette tendance. Le groupe
interministériel en charge du développement du secteur prévoit
une forte croissance des exportations : de 2,7 milliards d’US$ en
2006-07 à 7 milliards US$ en 2011-12, la chaussure étant
majoritaire. Entre avril 2007 et mars 2008, l’industrie a enregistré
une hausse de 13,6 % de son activité à 3,47 milliards US$, contre
3,06 milliards sur la même période, un an auparavant.

Importations
Entre avril 2007 et mars 2008, l’Allemagne a été le premier
importateur de produits en cuir avec 488 millions US$, suivi de
l’Italie (479 millions US$), le Royaume-Uni (414 millions US$) et
les États-Unis (306 millions US$).


Haut de page

L’Inde est membre de l’OMC depuis 1995 mais l’accès au
marché indien reste complexe et coûteux. Les procédures
de dédouanement, les infrastructures routières, les coûts de
manutentions portuaires, les difficultés de stockage : le coût
d’une importation standard (hors droits de douane) est
estimée à 1.244 dollars par conteneur, en comparaison avec
le coût moyen établi par l’OCDE à 883 dollars.
Les barrières non-tarifaires restent nombreuses, y compris
dans le cuir, avec la demande de délivrance de certificat
formalisant des exigences sanitaires ou de conformité selon
des normes locales.
De nombreux progrès sont à relever, sur l’informatisation
des douanes et la circulation des informations, d’assistance
(présence de transitaires, de procédure de préenregistrement).
Enfin, les échanges avec le voisin chinois se
développent fortement et peuvent parfois aboutir sur des
accords commerciaux privilégiés avec les pays de l’Océan
Indien.
Haut de page

Pour le secteur du cuir, le XIème Plan (2007-2012) a souligné
les difficultés d’obtention de peau de qualité, une souscapacité
de production avec des installations obsolètes : la
limitation de l’impact environnemental de la tannerie
suppose des investissements et des infrastructures de
traitement qui font défaut, mais également une maind’oeuvre
qualifiée, qui ne se dirige par sur les métiers du cuir.
L’Inde a démarré plusieurs projets d’envergure comme
l’ouverture en 2005 du “Calcutta Leather Complex”,
Zone Économique Spéciale (ZES) qui vise à
relocaliser les 523 tanneries de Calcutta à l’extérieur de la
ville, dans un parc de 445 hectares. Cette zone fabrique près
de 20 % du cuir indien. Le projet connaît un démarrage
progressif et doit regrouper différentes industries : un
abattoir, des tanneries, usines de fabrication de produits
chimiques, fabricants d’articles de maroquinerie. Des
installations collectives existent ou sont prévues : station
d’épuration, centre de formation et de recherche, etc. 180
tanneries sont déjà implantées.
D’autres zones d’activités devraient obtenir le statut de ZES
comme le Jalandhat Leather Complex (Pendjab) qui compte
déjà 70 tanneries, ou encore à Panjipar dans l’Ouest Dinajpur.
Le programme de travail établit par le Council for Leather
Exports (CLE) sur la période 2006-2010 vise à développer les
compétences humaines (conception, production), développer
le recours aux technologies propres, tout en modernisant les
installations existantes pour monter en gamme et attirer les
investisseurs étrangers. Sur ce dernier axe, une politique
fiscale et douanière accompagne la création de joint-venture
et les investissements directs étrangers.
Haut de page
|
Sources :
Synthèse réalisée à partir de documents du PEE de New Delhi et de
Bombay et des revues Leathers, Leather International, d’études du
Council for Leather Exports (CLE), International Trade Centre, Ministère
indien des Finances, EXIM Bank et de IBEF (India Brand Equity
Foundation).
|
Cliquez pour afficher cette page dans un format imprimable
|